Nucléaire iranien



Atome civil ou course à la bombe ?



L'Iran : des installations dispersées
L'Iran disposait fin 2010 d'installations nucléaires diverses et dispersées : le réacteur de Bushehr en cours de mise en service, des réacteurs de recherches, une usine de conversion de l’uranium à Ispahan , une installation d'enrichissement à Natanz, un réacteur à eau lourde en construction à Arak. Bien que ces sites soient soumis aux inspections de l'AIEA, l’ambiguïté demeure et les USA suivis de gouvernements européens pensent que ces sites pourraient cacher un programme militaire. L’option militaire reste sur la table et la presse fait régulièrement état de projets de bombardements d’installations comme celle de Natanz.
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[Activités d'enrichissement, Centrifugeuses IR1 et IR2, Récapitulatif (nucléaire iranien), Le réacteur de Busher, Réacteur de Téhéran, Activités non déclarées]

Grande nation de plus de 70 millions d'habitants, l'Iran est une pièce maîtresse de l'échiquier au Moyen-Orient. Le pays surprend par sa modernité, sa jeunesse, son niveau d'éducation. Par sa taille, ses élites, il a les moyens de devenir une puissance atomique. Son programme nucléaire civil contesté est l'héritier d'un programme beaucoup plus ambitieux qui remonte au temps du Shah, époque où les USA ne trouvaient rien à y redire. De nombreux facteurs politiques, géographiques, économiques et historiques se sont conjugués pour donner un tour aigu à la crise résultant de ces ambitions nucléaires.

Parmi les facteurs historiques, rappelons le renversement en 1953 du gouvernement du docteur Mossadegh à la suite de la nationalisation de l’Anglo-Iranian Oil Company suivi du rétablissement par les Etats-Unis du Shah Mohammed Reza Palhavi. Quand celui-ci fut renversé lors de la révolution Khomeyniste de 1979, l’ambassade américaine fut prise d’assaut et 52 américains furent pris en otages 444 jours, une humiliation dont les conséquences se font encore sentir. La toute jeune république islamique fut ensuite attaquée par Saddam Hussein avec le soutien tacite des puissances occidentales qui l’avaient mal acceptée. Cette guerre de 8 ans, oubliée chez nous, mais extrêmement longue et meurtrière a laissé de profondes cicatrices.


Août 2005 : La reprise de la conversion relance la crise


Enrichissement de l’uranium à Natanz

Après le 11 septembre et au nom de la lutte contre le terrorisme, le président américain George Bush a classé en janvier 2002 dans un discours célèbre l’Iran dans l’axe du mal, bien qu’il n’ait pas été impliqué dans ces évènements et que les attentats les plus sanglants en Irak visent la communauté chiite proche de l’Iran.

Une faute politique (*), car l’Iran était alors dirigé par un parti réformateur et un président respecté. Ensuite, des menaces de bombardements, des accusations parfois gratuites, des intentions affichées de renverser le régime, le refus du dialogue d’un côté, et de l'autre l'obstination et les déclarations provocatrices des partisans d’une ligne dure à Téhéran n’ont fait que durcir le bras de fer.

Le dossier iranien a été transféré en 2006 de l’AIEA au Conseil de Sécurité de l’ONU. Sous l’impulsion des Etats-Unis, le Conseil a voté des résolutions enjoignant à l’Iran d’arrêter l’enrichissement accompagnées de sanctions.

Ces sanctions, adoucies par la Russie et la Chine, étaient associées dans l’esprit de leurs promoteurs à des offres de dialogue, mais ces offres étaient conditionnées à ce que l’Iran arrête ou suspende au préalable son enrichissement, ce qu'il refusait de faire en partie par un manque de confiance nourri par le passé et des années d'isolement et d'hostilité.

Cette combinaison d’ultimatums déguisés et de mains tendues a eu l'effet négatif de réduire les inspections de l’AIEA au minimum. Ces inspections sont cruciales. L'Iran affirme que son programme nucléaire est uniquement civil alors que . les occidentaux l'accusent de rechercher sous ce couvert l'arme atomique. Contrairement à la Corée du Nord, les inspections de l'AIEA n'ont pas mis en évidence l'existence claire d'un tel programme mais il existe aux yeux des puissances occidentales de très forts soupçons nouuris par les ambiguïtés des autorités iraniennes.

Il faut espérer que les hommes de bonne volonté finissent par l'emporter. Comme l'a dit l'ancien directeur de l’AIEA, Mohammed El Baradei, on ne bombarde pas le savoir-faire. Une politique de petits pas, sans hostilité inutile, peut contribuer à rétablir une confiance mutuelle ébranlée et à faire évoluer la République Islamique soumise à de fortes turbulences depuis les troubles qui ont suivi l'élection présidentielle du 13 juin 2009.

En 2009, l'arrivée d'une nouvelle administration à la Maison Blanche a un temps apporté un souffle d'air frais. Contrairement à son prédécesseur, le président Obama a proné le dialogue et le respect mutuel. Mais la prudente réponse de Téhéran (nous attendons des actes et pas seulement des mots) a été emportée par les troubles de juin 2009 et certains en Occident continuent de penser bâton plutôt que carotte. L'ouverture du Président s'est trouvée vite contredite par les efforts de la diplomatie américaine pour dresser contre l'Iran chiite ses voisins sunnites du Golfe Persique et accentuer son isolement avec des "sanctions qui mordent".



La recherche d’une autonomie
Le souci de ne pas dépendre de partenaire hostiles ont conduit l’Iran à rechercher l’autonomie pour ses activités nucléaires et à développer lui-même les étapes de l’amont du cycle qui vont du minerai d’uranium à l’élaboration du combustible. Dernière étape en date (le 5 décembre 2010), l'Iran a réussi à produire son premier yellowcake (concentré d'uranium servant de base à la production d'uranium enrichi) à partir de minerai extrait de la mine de Gachin. alors qu’il devait importer auparavant le minerai d’uranium. La dernière étape de fabrication d’éléments combustibles pour le réacteur de Téhéran est dite imminente.
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Le programme iranien, fruit d'un trop long isolement ?



Trente ans d’embargo et d’isolement ont donné l’habitude à l’Iran de compter sur lui-même, Dans le domaine du nucléaire civil, il a recherché l’autonomie, développant les étapes de l’amont du cycle qui vont de la mine d’uranium à l’élaboration du combustible pour un réacteur :obtention de minerais d’uranium, purification et conversion, enrichissement, et enfin confection d’éléments de combustible.

Ces étapes, légitimes s’il s’agit de nucléaire civil, ont été considérées avec suspicion, voire comme une provocation comme celles cruciales de la conversion et de l’enrichissement en uranium-235.

L’Iran ne maîtrisant pas encore en 2009-2010 la confection d’éléments de combustible, il a été question alors d’un échange d’une tonne d’uranium faiblement enrichi produit à Natanz contre des éléments de combustible à 20 % pour un réacteur de Téhéran destiné à la médecine Cette amorce de coopération qui rompait le cercle vicieux des méfiances réciproques à échoué. L’échec a conduit Téhéran à enrichir quelques dizaines de kilogrammes à 20 % et à tenter de fabriquer lui même son combustible. En décembre 2011, l'Iran a annoncé avoir maitrisé l'ultime étape de la fabrication de combustible pour son réacteur de recherche.

Au demeurant les quantités en jeu sont faibles. Fin 2010, les centrifugeuses de Natanz n’avaient enrichi qu’un peu plus de 3 tonnes à 3,5% : pas de quoi alimenter le nouveau réacteur de Bushehr dont le combustible est russe mais assez pour une bombe . A titre de comparaison, la France enrichit près de 2000 tonnes par an pour alimenter ses 58 réacteurs.



Que faire de l’uranium enrichi ?
Fin 2010, les centrifugeuses de Natanz n’avaient enrichi qu’un peu plus de 3 tonnes à 3,5%, loin des 20 à 30 tonnes annuelles nécessaires pour alimenter un réacteur comme celui de Bushehr : 8000 étaient installées, dont un certain nombre inactives, alors qu’il en faudrait 50000 ! Par contre, la quantité était suffisante, en enrichissant à 20%, pour le petit réacteur producteur d’Isotopes ! Enrichir à 95%, c’est franchir le Rubicon du nucléaire militaire. 3 tonnes à 3,5 % contiennent 105 kg d’uranium-235 de quoi confectionner 2 ou 3 bombes.
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Le 9 juin 2010, le conseil de sécurité a adopté un nouveau train de sanctions. Ces sanctions ont été durcies hors ONU par les américains imités par l’Union Européenne. L’objectif est de faire plier le régime et de l’amener à négocier en s’attaquant à l’économie du pays (pétrole, banques) grâce à des sanctions qui affectent la population ? La décision en décembre 2012 du président Obama de s'en prendre directement aux exportations de pétrole, principale source de la richesse, apportera surtout beaucoup de misère. Le régime pliera-t-il devant le diktat ? Les blocus soudent généralement les nations ! Pour l'instant le durcissement américain a surtout mis de l'huile sur le feu avec la menace en réponse de bloquer le détroit d'Ormuz.

La crise illustre combien les risques de prolifération iront croissant du fait des progrès technologiques. Le seul moyen de combattre efficacement à long terme cette évolution est de convaincre les pays qui atteignent le savoir faire requis qu'ils ne sont pas menacés et que la recherche d'une dissuasion par l'arme atomique est inutile et coûteuse. Cette aggravation des sanctions qui creuse davantage l’abîme de méfiance et les paranoïas mutuelles, va hélas en sens inverse.

Quand cette grande nation émergente sera réintégrée dans le concert des nations, elle trouvera bien cher de fabriquer son combustible nucléaire. Si les iraniens désirent vraiment développer l'atome civil, ils auront tout à gagner d’une collaboration internationale, à travers laquelle s’établissent des liens et se tisse la confiance.

Sujets voisins : Prolifération ; voie de l'uranium, Prolifération ; voie du plutonium, Risques de détournement, Corée du Nord


Voir aussi :

Centrifugation
globalsecurity.org
Iran's Nuclear Program (New York Times)