Réacteurs du futur



Une source abondante d'énergie qui ne produit pas de CO2

[Enjeux énergétiques, Réacteurs de génération III, Réacteurs de génération IV, Réacteurs à hautes températures, Réacteurs hybrides ou ADS]

L'énergie nucléaire a-t-elle un avenir ? L’épuisement du gaz et du pétrole bon marché, le réchauffement de la planète dû à l'effet de serre, pourraient conduire au développement de la production d'énergie nucléaire, une énergie qui pourrait avoir d’autres applications que la production d’électricité. Si un tel développement doit avoir lieu, il faudra recourir à de nouveaux types de réacteurs : des réacteurs "avancés" qui seront la suite des précédents et à long terme des réacteurs qui marqueront une claire rupture par rapport à leurs devanciers. Les premiers sont dits de troisième génération, les seconds de quatrième génération.

Malgré leur technique éprouvée, les réacteurs actuels dont la conception remonte au programme "Atoms for Peace" lancé par le Président Eisenhower en 1953, se prêtent mal aux exigences d'un développement durable. Ces réacteurs n'utilisent qu'une petite partie de l'énergie contenue dans l'uranium : ils reposent sur la fission par des neutrons lents de l'uranium 235, présent seulement à raison d'un noyau sur 140. Les noyaux d'uranium 238 qui constituent les 139 autres peuvent produire aussi de l'énergie à condition d'être transmuté en plutonium 239 par capture d'un neutron. Ce processus de transformation n'est que faiblement exploité dans les réacteurs à neutrons lents.



Générations de réacteurs
Les réacteurs commerciaux actuels à eau bouillante, à eau pressurisée, ou encore de type CANDU sont considérés comme des réacteurs de seconde génération, les réacteurs de première génération étant les premiers réacteurs prototypes des années 50-60 dérivés de ceux conçus pour équiper des sous-marins ou des porte-avions. La génération II cède actuellement la place à des réacteurs avancés dits de troisième génération, mais de conception similaire comme le réacteur à eau pressurisée EPR. Mais cette génération est à peine entamée qu'il est question d'une quatrième génération de réacteurs plus économes en ressources et plus propres qui prendrait le relais d'ici une trentaine d'années.
IN2P3

Trois concepts de réacteurs, dits de quatrième génération, se proposent de tirer systématiquement profit de cette transmutation de l'uranium 238 en plutonium 239 et d'aboutir à la régénération du combustible, c'est-à-dire la création d'un nouveau noyau fissile pour chaque noyau fissile détruit. Avec un combustible à base d'uranium, cette régénération nécessite de recourir à des neutrons rapides.

Un quatrième concept utiliserait un combustible au thorium. Le noyau fissile serait l'uranium 233. La régénération consisterait à transmuter un noyau de thorium 232 en uranium 233. Dans ce cas, la régénération serait obtenue tant avec des neutrons rapides qu'avec des neutrons lents, ces derniers demandant moins de combustible. Les deux autres concepts ne sont pas régénérateurs, mais visent aussi à une bien meilleure utilisation du combustible.

Et les déchets ? Il est indispensable d’en réduire le volume. Les efforts portent surtout sur l'élimination des déchets les plus toxiques à vie longue, qui sont essentiellement des noyaux lourds comme le plutonium et les actinides.

Dans les réacteurs du futur, un retraitement poussé et le multirecyclage du combustible devrait aboutir à consommer presque tous les noyaux lourds présents. On envisage également des réacteurs spécialisés - comme des réacteurs hybrides ou ADS (accélérateurs driven systems) - dont la fonction principale serait d'incinérer les atomes radioactifs les plus gênants en raison de leur longue durée de vie.

Les aspects de sûreté devront être soigneusement examinés, d'autant plus que les besoins énergétiques mondiaux iront croissant, et ce plutôt dans les régions en voie de développement que dans les régions développées. Si des réacteurs sont installés dans de telles régions où les compétences techniques manquent, il faudra assurer la sûreté passive des réacteurs, c'est-à-dire des réacteurs qui ne nécessitent pas d’interventions humaines pour être sûrs.

Quant à la dissémination de matière fissile, ce qu'on appelle la prolifération, elle devra être empêchée à tout prix. Les concepts de nouveaus réacteurs visent à être résistants à la prolifération.


Voir aussi :

Energie nucléaire du futur (rapport DEN) pdf
L’Energie en 2050 par B. Wiesenfeld
The nuclear option : point de vue de la Société Européenne de Physique
Prolifération
Fission Nucléaire et Génération IV par G. M.Van Goethem (FABI)
Paul Reuss et Michel Chouha " Tchernobyl, 25 ans après … Fukushima. Quel avenir pour le nucléaire ? ", Editions Lavoisier, 2011