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Un modeste réacteur dévolu à la production d’isotopes pour la médecine a été au centre d’une tentative d’accord entre l’Iran et les puissances occidentales. Après de multiples épisodes, cette tentative a malheureusement échoué, malgré une ultime médiation de la Turquie et du Brésil. Le 9 juin 2010, le Conseil de Sécurité renforçait le régime des sanctions. La rigidité des parties, la méfiance réciproque, des malentendus sur l’échange de combustible proposé expliquent l’échec.
Ce réacteur de faible puissance alimente en isotopes radioactifs les 200 services de médecine nucléaire des hôpitaux iraniens pour le diagnostic et le traitement des cancers. Son fonctionnement requiert un combustible enrichi à 20% en uranium 235, soit près de 6 fois les 3,5 % de l'uranium faiblement enrichi produit à Natanz. Il se trouve que cette charge de combustible est presque épuisée. Du fait des sanctions et de l'isolement, l'Iran est confronté à d'importantes restrictions pour la remplacer.
L'enrichissement d'uranium étant au cœur des inquiétudes des grandes puissances, celles-ci ont proposé en octobre 2009 à Téhéran de lui fournir le combustible nécessaire à son réacteur de recherche en échange de 70% de son uranium faiblement enrichi à 3,5%, soit environ une tonne. La Russie et la France réceptionneraient l'uranium iranien, lui fournissant en échange le combustible conditionné pour son réacteur. Par cet artifice élégant, les diplomates espéraient faire sortir d'Iran la quantité d'uranium nécessaire pour fabriquer une bombe. La France était choisie pour sa compétence dans le nucléaire et la Russie pour sa modération.
Après avoir accepté l’accord, le Président Ahmadinejad – réputé faucon plus que colombe – fut attaqué au Parlement avec virulence par une alliance de factions conservatrices et de l'opposition réformatrice : On bradait les bijoux de famille ! Quelle garantie avait-on que l’Occident, et en particulier la France plus en pointe que les USA pour aggraver les sanctions, ne ferait pas main basse sur l’uranium national ? On proposa de saucissonner le transfert hors d’Iran. Les puissances occidentales refusèrent. C’était tout ou rien.
Quand l’Iran proposa en mai 2010 de sortir la tonne d’uranium grâce à la médiation de la Turquie et du Brésil, il était trop tard. L’initiative parut malencontreuse aux puissances occidentales, occupées à renforcer les sanctions.
L’objectif des diplomates , sortir 1,2 tonne d’uranium à 3%, était éphémère. Une tonne c’est peu de choses – la France en enrichit 1800 par an pour ses réacteurs - et quelques mois suffirent aux centrifugeuses de Natanz au fonctionnement cahin-caha pour produire une seconde tonne. L'échange de combustible avait une autre vertu; moins transitoire : celle de surmonter la méfiance et de montrer, à travers la réussite d’une cause humanitaire, que l’Occident est de bonne foi dans ses promesses de coopération. Malheureusement, cet aspect des choses pourtant essentiel a été laissé de côté.
Ne pouvant compter sur un approvisionnement de son réacteur, l'Iran décida de recourir à ses propres forces et d'enrichir à 20 % une partie de son uranium à 3,5 %. Il annonça fin octobre 2010 avoir déjà produit 30 kilos d'uranium enrichi à 20% depuis février et envisager de conditionner lui-même cet uranium. Comme d’habitude cette action, lancée au grand dam de la communauté internationale, peut être analysée de deux façons : les besoins de combustibles à 20% pour les hôpitaux sont bien réels, mais cet enrichissement peut être un pas de plus vers les 95% nécessaires pour une bombe atomique.
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Le bras de fer diplomatique autour du combustible du réacteur de Téhéran, ajouté aux sanctions renforcées, pourrait avoir des conséquences humaines: les cliniques et hôpitaux d'Iran pourraient être touchés par une pénurie d'isotopes radioactifs, indispensables pour le diagnostic et le traitement des 850 000 patients atteints d'un cancer dans le pays. L'Iran importe des isotopes prêts à l'emploi, mais il est confronté à d'importantes restrictions dans le cadre des sanctions imposées par l'ONU.
En décembre 2011, l'organisation de l'énergie atomique iranienne (IAEO) a annoncé que l'Iran avait maîtrisé toutes les phases du cycle nucléaire allant de l'extraction de l'uranium jusqu'à la confection de combustibles. C'est ainsi que des scientifiques nucléaires iraniens auraient réussi à introduire un tel combustible dans le réacteur de recherche de Téhéran pour y produire des produits radiopharmaceutiques. Contrairement à ce qui a été rapporté par la Presse et les médias, la fabrication de combustible pour un réacteur qui relève du nucléaire civil n'est pas en soi inquiètante.
Sujets voisins : Activités d'enrichissement, Centrifugeuses IR1 et IR2, Récapitulatif (nucléaire iranien)
Chronologie nucléaire iranien : 2008-2009, 2006-2007, 2003-2005
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