Combustible, déchet, explosif ?



Une face d'ombre, une face de lumière ...

Matériau sensible, recherché et redouté, le plutonium présente, comme le dieu romain Janus, une face de lumière et une face d'ombre. Ses remarquables qualités énergétiques (la face de lumière) en font à la fois un combustible nucléaire de premier choix et l'explosif privilégié de l'arme atomique (la face sombre). A la crainte des applications militaires s'ajoute celle d'avoir à enfouir, en tant que déchet, un élément connu pour sa radioactivité et sa toxicité.



Transports par mer
Les transports par mer du plutonium, généralement sous forme de combustible MOX, sont rares et concernent principalement le Japon. Dans le cas en particulier d'une matière aussi sensible que le plutonium, des précautions spéciales sont prises contre le détournement. Le parcours du navire, qui bénéficie d'une protection armée, est suivi en temps réel à l'aide d'un système de positionnement par satellite.
COGEMA/Taillat Jean-Marie

Laissant de côté la face de lumière amplement traitée par ailleurs, comment empêcher les détournements, freiner, stabiliser ou réduire la quantité de plutonium accumulée ?

Le détournement du plutonium pour accéder à l'arme atomique reste une préoccupation majeure. Une bombe atomique demande heureusement une proportion en isotopes fissiles dépassant 90 %, supérieure aux 60 % du plutonium civil. Pour purifier ce plutonium, il faut faire appel à des technologies coûteuses et avancées au-dessus des moyens d'états voyous ou de trafiquants (cf. note). Demeure le risque que ce plutonium civil impropre serve à fabriquer des bombes peu efficaces mais encore redoutables.

Pour ces raisons, des mesures très strictes sont en vigueur dans les pays occidentaux pour interdire l'accès au plutonium. Cet accès reste difficile, même dans des pays qui le séparent, en retraitant le combustible irradié.


La radiotoxicité du combustible usé

En France, seul le plutonium nécessaire pour alimenter les réacteurs brûlant du MOX est séparé, pour être recyclé. On évite ainsi d'avoir à stocker du plutonium sur « étagères ». Après son recyclage en réacteur, le combustible MOX usé contient encore du plutonium. Ces assemblages de combustible très radioactifs sont entreposés en piscine dans des sites protégés.

Les craintes entourant le stockage du plutonium et des actinides proviennent de ce que ces noyaux lourds sont à la fois des poisons chimiques et radioactifs. La radioactivité du plutonium provient surtout d'isotopes dont la période est plus courte que celle de l'isotope 239 fissile (24110 ans). Les isotopes du plutonium qui sont émetteurs alpha (sauf le plutonium-241) sont très radiotoxiques en cas d'ingestion. L'ingestion se fait par voies respiratoires plutôt que digestives. La fixation se fait avec une période biologique d'environ 20 ans au niveau du foie, 50 ans au niveau des os.

Il faut rappeler cependant que le plutonium est très peu mobile. Conditionné généralement sous forme d'oxyde insoluble (PuO2), il pénètre difficilement dans la sphère du vivant.

Sujets voisins :
Stocks de plutonium, Gérer l'inventaire


Voir aussi :

Que faire du plutonium ?