Irradiés d'Hiroshima et de Nagasaki

Nos connaissances sur la nature des risques cancérigènes des radiations sont largement fondées sur la surveillance de 120 321 survivants d'Hiroshima et de Nagasaki. Ces malheureuses populations constituent en effet la principale « cohorte » dont on dispose pour évaluer, de façon statistique et sur une longue période, les effets d'une forte irradiation.

Pour prévoir les conséquences d'expositions à des doses plus faibles de radioactivité, les experts font l'hypothèse que les effets sont en proportion de l'exposition subie. Par exemple, il s'agira d'évaluer le nombre de cancers à venir au sein d'une population exposée étant donné le nombre de millisieverts reçus en moyenne par habitant. Ce sont les résultats des études de Hiroshima et de Nagasaki qui dans une large mesure permettent de faire ces estimations.

Une longue période d'observation est nécessaire car contrairement aux idées reçues, même une très forte exposition aux rayonnements ne tue pas instantanément, comme le montre le cas des deux ouvriers de l'accident de Tokaïmura qui survécurent plusieurs mois à une dose mortelle. Il faut aussi pouvoir observer les effets de l'irradiation sur une population importante, car pour des doses moyennes ou faibles il devient impossible d'attribuer un décès individuel à la radioactivité.

Dans le cas des conséquences sanitaires de l'accident de Tchernobyl, des études très approfondies ont été effectuées ou sont en cours. Toutefois le recul du temps - 15 ans - reste insuffisant et la dispersion du groupe des personnes les plus exposées (les « pompiers de Tchernobyl ») rend difficile le suivi médical.


Cancers solides des irradiés d'Hiroshima et Nagasaki


Leucémies et cancers


Leucémies des irradiés d'Hiroshima et Nagasaki

Tout ceci fait que les données sur l'homme sont - heureusement - rares et qu'il faille, près de soixante ans après les bombes larguées sur Hiroshima et Nagasaki, s'appuyer largement sur les données recueillies auprès des habitants de ces deux villes qui ont survécu. À ces dizaines de milliers d'irradiés, il faut ajouter quelques centaines de travailleurs de la médecine et du nucléaire irradiés à des doses élevées lors d'accidents (cf. note).

Parmi les survivants d'Hiroshima et Nagasaki, le nombre de décès provoqués par l'irradiation est obtenu par comparaison avec une population témoin non exposée. Par exemple, entre 1950 et 1990, parmi les 120 321 survivants 7578 personnes sont mortes de cancers « solides » alors que le nombre de décès attendus pour une population de même taille est de 7244. L'excédent de 334 personnes (auquel il faut ajouter 87 leucémies) est trop significatif pour être dû à des fluctuations statistiques.

Cet excédent reste cependant faible en regard des 7244 cancers naturels de la population témoin et des 240 000 morts des explosions proprement dites. Pour les irradiés de Hiroshima et de Nagasaki exposés à des doses de plusieurs centaines de millisieverts, l'augmentation sur quarante ans des cancers mortels n'est que de 4,6 % par rapport aux causes naturelles.

La faiblesse de ces chiffres contredit au premier abord une croyance répandue (note). Elle explique pourquoi il devient pratiquement impossible, pour des expositions plus faibles de mesurer les effets sanitaires : pour une irradiation équivalente au dixième de celle des irradiés japonais, l'augmentation des cancers tomberait à 33 sur total de près de 7000, un excès trop marginal pour être décelable.

Sujets voisins : Effets déterministes, Effets probabilistes


Voir aussi :

Tchernobyl
Relations dose - effet
Bombes et accidents