Les rejets accidentels



L'héritage des essais nucléaires et de Tchernobyl




L'un des derniers essais nucléaires souterrains français vers 1995. L'eau du lagon de l'atoll de Mururoa en Polynésie subit l'onde de choc provenant du sous-sol. Contrairement aux essais atmosphériques ou à un accident grave de réacteur, les essais souterrains ne relâchent pas directement de matières radioactives. La radioactivité reste en principe confinée en profondeur, mais des contaminations peuvent apparaître en surface si la roche est fissurée.
CEA/DAM

[Retombées des essais nucléaires]


Une faible partie de la radioactivité présente dans l'environnement aujourd'hui est due à des rejets importants de matières radioactives survenus dans le passé. Ces rejets sont d'une certaine façon accidentels, car ils ne sont pas naturels et ont l'Homme pour origine. Certains sont volontaires : ce sont les rejets à l'air libre de matières radioactives lors des essais de bombes atomiques et thermonucléaires des années 1950 et 1960. Les autres, involontaires, sont dus à de vrais accidents dont le principal est l'accident de Tchernobyl en 1986.

Durant ce demi-siècle de dissuasion feutrée que fut la guerre froide, l'arme nucléaire, symbole de puissance, fut l'outil de cette dissuasion. Les grandes puissances procédèrent à de nombreux essais de bombes atomiques et de bombes H. Au début de la guerre froide, les essais se sont effectués à l'air libre, en principe loin des lieux habités. Les États-Unis ont longtemps procédé à des essais dans le désert du Nevada, puis sur des atolls du Pacifique. Le plus célèbre a été celui de Bikini qui avait été vidé de ses habitants. La France a utilisé pour ses premiers essais en 1959-60, le pas de tir de Reggane dans le Sahara, les Anglais des déserts australiens, et les chinois le désert de Gobi. Ces essais atmosphériques se sont arrêtés en 1981. Ils sont maintenant interdits par des traités.

Les essais atmosphériques ont libéré des poussières radioactives emportées par les vents qui se sont dispersées sur l'ensemble du globe. Elles ont donné lieu à une exposition des populations et à une contamination de la chaîne alimentaire par certains radioéléments. Cependant, compte tenu de leur période radioactive, la plupart d'entre eux ont complètement disparu. Subsistent essentiellement le césium-137 (période 30 ans), le strontium 90 (28,6 ans) et à un moindre degré du krypton-85 (un gaz noble de période 10,7 ans) et du tritium (période 12,3 ans). On retrouve encore des traces faibles mais significatives d’américium-241. Cet élément, qui lui n’a pas été dispersé lors de l’accident de Tchernobyl, est une signature de ces essais effectués il y a maintenant longtemps.

Les essais nucléaires souterrains ont été moins polluants, les produits de fission étant en principe confinés sous terre. Mais il existe un risque que par des fissures et l'action de l'eau, certains remontent à la surface. La France a effectué son dernier essai souterrain en 1995 sur l'atoll de Mururoa. Des essais nucléaires ont été effectués encore en 1999 par l'Inde et le Pakistan.


Evolution de l'iode et du césium de Tchernobyl




Une catastrophe comme l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986 a libéré une importante quantité de produits radioactifs à proximité d'une grande ville. La nature des retombées de Tchernobyl s'apparente à celle d'un essai atomique atmosphérique. Les ukrainiens et biélorusses ont été de loin les plus exposés. Pour la population, l’exposition la plus grave a été due à un isotope de l’iode de courte durée de vie , l’iode-131.

Pour un pays comme la France, les effets ont été très atténués par la distance. Divers mécanismes ont pu concentrer toutefois la radioactivité localement. Une telle concentration a été observée, en France après l’accident dans les massifs du Mercantour et des Ecrins dans les Alpes du Sud.

Les Alpes ont été davantage contaminées, car elles ont arrêté le nuage, qui se situait à une altitude de 1500-3000 mètres. Des pluies ont ensuite lessivé l’atmosphère au détriment du sol. Des atomes de césium, se sont accumulés en contrebas à la suite du ruissellement des eaux. Par ailleurs, la neige chargée de poussières, en fondant dans les combes, a contribué à des accumulations locales de radioactivité. On a pu observer en 1998 des tâches très localisées d’activité, pouvant atteindre 100 000 becquerels par kilogramme. En termes de risques pour la santé, les dangers restent faibles. Il faudrait séjourner environ trois mois en de tels endroits pour atteindre une dose de 1 millisievert par an, mais il est très difficile d’évaluer a posteriori à partir d’analyses récentes quel était le niveau de pollution en 1986.

Sujets voisins : Expositions médicales, Nucléaire et industrie, Sources radioactives, Analyse détaillée (UNSCEAR)


Voir aussi :

L'Iode-131
Accidents nucléaires
Armes nucléaires
Tchernobyl