L'iode de Tchernobyl

Le radioélément dangereux les premières semaines


Carte de l'iode-131 en mai 1986
La carte des dépôts d'iode-131 est similaire à celle du césium-137, les quantités restantes d'iode et de césium ne dépendant que du temps écoulé. Au début mai 1986, les activités surfaciques sont 5 à 10 fois plus élevées que celles du césium-137 mais elles sont divisées par 2 en 8 jours et par 1000 en 80 jours. L'activité de l'iode-131 avait quasiment disparu à la fin juin. L'ouest est peu touché, les départements les plus contaminés se situant à l'est d'une ligne Gard-Moselle.
IRSN

L'iode-131 constitue un produit de fission particulièrement redouté quand il est relâché dans l'atmosphère à la suite d'explosions de bombes atomiques ou d'un accident comme celui de Tchernobyl. Le danger provient de ce qu'il est aisément volatile et extrêmement radioactif. Respiré, il se concentre sur la thyroïde et il est à l'origine de cancers de cette glande sensible qui fixe l'iode.

La courte période contribue à la diminution du danger avec le temps. L'activité de l'iode-131 décroît de 14 fois en un mois, de 2700 fois en un trimestre. Cette disparition conduit à une méthode de prévention très particulière. En cas d'exposition, il s'agit de prévenir l'assimilation de l'iode radioactif. En faisant absorber des pilules d'iode, on sature la thyroïde qui n'assimile plus alors l'isotope dangereux. Ceci laisse le temps de gagner une zone moins contaminée et d'attendre la disparition de l'iode.

Les experts estiment que l'iode-131 a été responsable de 46 % de l'activité dispersée lors de l'explosion du réacteur (cf. note).

Les autorités russes ne furent pas en mesure de distribuer de telles pilules dans la région de Tchernobyl. L'assimilation d'iode-131 a généré des cancers de la thyroïde, en particulier chez les enfants plus sensibles. Quatorze ans après la catastrophe, un excès de 1800 cancers de la thyroïde a été recensé. Cette vague de cancers n'avait pas été prévue à l'époque par les experts de radioprotection qui s'attendaient plutôt à des leucémies. Ces cancers, pris à temps, sont en principe curables. La déplorable situation sanitaire de l'ancienne Union Soviétique a aggravé la tragédie.



Contamination de la chaîne alimentaire par l'iode-131
Les isotopes radioactifs de l'iode sont particulièrement dangereux en cas d'assimilation car ils se fixent sur la thyroïde. Durant les heures et les jours qui suivent un rejet accidentel, l'inhalation d'iode constitue la principale voie d'assimilation, ensuite c'est à travers la nourriture et surtout le lait qu'elle a lieu. On réduit le risque d'inhalation par le port de masques, en fermant des fenêtres et en restant à l'intérieur des maisons. On évite la contamination du lait, en rentrant les vaches à l'étable et en les nourrissant de fourrage non contaminé. On évite surtout pour les enfants, le lait frais. Les pilules d'iodes arrivent souvent trop tard pour l'inhalation, mais sont utiles pour prévenir les expositions qui suivent la prise de ces pilules. Il faut en donner aux enfants, aux adolescents aux femmes enceintes mais pas aux personnes âgées. (Source G.Gerber)
IRSN/dessin : Martine Beugin

Une exposition en principe faible en France

En France, les expositions ont été beaucoup plus faibles en moyennes. Des régions montagneuses comme les Alpes ou la Corse ont été les plus contaminées, car elles ont arrêté le nuage, qui se situait à une altitude de 1500-3000 mètres. Des pluies ont ensuite lessivé l’atmosphère au détriment du sol.

Les autorités ne distribuèrent pas de pilules d'iode principalement parce que les doses d'irradiation étaient en principe faibles en moyenne. Cette non-distribution n'eut pas de conséquences appréciables, mais ne fut pas toujours comprise de l'opinion publique. Depuis cette époque, les pouvoirs publics ont constitué des stocks qui permettraient de distribuer des pilules aux populations exposées.

Sujets voisins : Nuage de Tchernobyl, Césium de Tchernobyl, Contamination des sols, Quelle carte en France ?


Voir aussi :

L'Iode-131
Accidents nucléaires