Protonthérapies



La protonthérapie : une radiothérapie aboutie et de précision

La protonthérapie consiste à traiter des tumeurs avec des protons accélérés. Cette technique de pointe est réservée aux cas où les tumeurs se trouvent à proximité d'organes critiques et sensibles aux radiations, quand les méthodes classiques deviennent dangereuses ou peu efficaces. Pourquoi utiliser des protons ?



Principe de la protonthérapie
La figure montre l'avantage d'utiliser des protons plutôt que des rayons gamma ou X quand un tissu sensible (A) est situé derrière la tumeur située en B. L'absorption des rayons est progressive, si bien que l'irradiation touche aussi le tissu sensible. Au contraire, les protons s'arrêtent à une certaine profondeur pour une énergie donnée et déposent le maximum d'énergie en fin de parcours. Les protons étant délivrés par un accélérateur, on peut régler leur direction et leur énergie pour que le pouvoir destructeur soit maximum dans la tumeur et épargne l'organe sensible situé derrière.
IN2P3

Les particules alpha constituent a priori des armes de choix pour détruire les cellules cancéreuses car elles sont très ionisantes. Elles déposent toute leur énergie sur un très court parcours. Elles sont peu dispersées et s'arrêtent net. Leur pouvoir de pénétration est malheureusement faible. D'où l'idée de les remplacer par des particules nucléaires plus pénétrantes et de communiquer à ces particules une énergie suffisante pour qu'elles puissent atteindre des tumeurs profondes. Il faut recourir à un accélérateur pour cela. On accélère généralement des protons, d'où l'appellation de protonthérapie.

L'énergie à communiquer aux protons accélérés est très supérieure aux quelques MeV des désintégrations radioactives. Il faut une énergie de 200 MeV pour pénétrer de 20 cm dans l'eau, milieu dont la densité est voisine de la matière vivante, 50 fois environ l'énergie des rayons alpha du radium.


Une thérapie « conformationnelle »


La courbe de Bragg

Disposer d'un accélérateur donne encore un avantage balistique, la possibilité de diriger avec précision les particules sur la tumeur, alors que si l'on s'en remet aux hasards des désintégrations radioactives les rayons sont émis dans toutes les directions.

Les protons déposent le maximum d'énergie en fin de parcours. Quand le proton pénètre dans le corps, l'énergie déposée par ionisation s'accroît d'abord lentement au fur et à mesure qu'il se ralentit pour augmenter beaucoup juste avant de s'arrêter. Cette fin de parcours, où la dose délivrée est élevée, est appelée le pic de Bragg. Il s'agit de faire en sorte pour une thérapie que ce maximum de dégâts se produise dans la tumeur.

Une des principales indications de la protonthérapie est le mélanome de la choroïde, une maladie gravissime qui nécessitait auparavant l'énucléation de l'œil et contre laquelle on ne pouvait recourir aux radiothérapies classiques en raison de la proximité de l'hypophyse.

Dans les tumeurs de la base du crâne résistantes aux radiations (chondromes et chondrosarcomes) la protonthérapie autorise d'augmenter la dose dans la tumeur tout en ménageant les zones critiques comme les nerfs optiques, le tronc cérébral, les oreilles internes ou la moelle épinière.

Les résultats les plus impressionnants ont été obtenus pour les mélanomes de l'œil. La dose est de 60 gray. Près de 96 % des 2500 patients traités au Centre de Protonthérapie d'Orsay jusqu'en 2003 n'avaient pas eu de récidives 5 ans après et gardent leur œil. Pour les traitements intracrâniens 400 adultes avaient été traités à cette date à Orsay. La protonthérapie associée à une radiothérapie classique permet d'augmenter le contrôle de la tumeur à 5 ans jusqu'à 85-90 % , alors que les chondromes de la base du crâne entraînent la mort en 2 à 3 ans en raison de la fragilité des éléments neurologiques encéphaliques.

Compte tenu de sa haute technicité, des équipements lourds qu'elle nécessite et de son coût, la protonthérapie reste une médecine sur mesure. En France, il existe deux centres de protonthérapie à Orsay et à Nice. Ces deux centres avaient traité en 2003, 540 patients à comparer aux 8000 et 170 000 patients traités par curiethérapie et radiothérapie.

Après une rénovation complète en 2010 , le centre de protonthérapie d'Orsay peut accueiilir après 4 années de transformations 550 patients par an dont au moins 120 enfants. Le centre rénové est équipé d'un accélérateur de dernière génération - un cyclotron - et d'une nouvelle salle de traitement avec un bras isocentrique, un dispositif permettant d'orienter l'axe du faisceau par rapport au malade.

S'étant initialement développée pour les tumeurs de l'œil et les tumeurs intercrâniennes, la protonthérapie voit un élargissement considérable de ses indications, en particulier en pédiatrie en raison de la diminution du risque de séquelles liées au traitement.

Sujet voisin :
Curiethérapies de la prostate


Voir aussi :

Le phénomène d'ionisation
Effets des particules chargées
Centre de protonthérapie d'Orsay