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Quelle carte ?
La difficulté d'établir une carte des rejets a posteriori
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Quelle carte pour Tchernobyl ? Le sujet demeure sensible en France, deux décennies après la catastrophe. C'est ainsi qu'il a été question en 2003 d'une nouvelle carte des contaminations au sol en 1986 montrant des dépôts de radioactivité nettement en hausse par rapport à une carte publiée antérieurement. Quels crédits accorder à ces cartes ? Comment sont-elles établies ?
Les experts doivent recourir à des modèles pour offrir les détails géographiques réclamés par l'opinion. En effet, les données recueillies sur le terrain à l'époque sont fragmentaires. Le nuage de Tchernobyl est survenu à l'improviste, prenant les spécialistes au dépourvu. Des mesures de contamination au sol ont bien été effectuées par les techniciens chargés du suivi des retombées des essais atomiques des années 1960 ou du contrôle de l'environnement autour des centrales nucléaires, mais ces mesures étaient loin de couvrir l'ensemble du territoire. Il a fallu reconstituer les détails manquants.
Pour établir a posteriori une carte des retombées radioactives en France, l'Institut de Protection de Sûreté Nucléaire (IPSN) s'est basé sur des mesures de contamination d'aliments effectuées dans les deux mois ayant suivi l'accident. Les dépôts au sol ont été reconstitués à l'aide d'un modèle décrivant le transfert de la radioactivité dans la chaîne alimentaire.
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 Carte de 1997
 Carte 2003 : Raccords aux frontières
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L’alimentation constituant le risque principal, cette carte des retombées radioactives a été considérée comme une référence jusqu'en 2003. Elle ne fournissait toutefois que des contaminations moyennes. Elle a été critiquée comme trop peu détaillée et aussi par certains comme sous-estimant les retombées.
Pour répondre à ces objections, l'IPSN, devenu entre-temps l'IRSN, a proposé une carte plus détaillée, basée sur un tout autre modèle. Ce modèle prend en compte les précipitations des pluies du début mai 1986, la pluie jouant un rôle primordial pour rabattre la radioactivité au sol. Le calcul conduit à des valeurs plus importantes des dépôts au sol.
Les critiques de la nouvelle carte font remarquer que dépôts au sol et contaminations alimentaires ne sont pas la même chose.
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Aux frontières, les valeurs ne se raccordent pas avec les pays voisins. Si l’on se fie à la carte, le nuage de Tchernobyl se serait chargé de radioactivité en franchissant la frontière. Enfin, la contamination de l'eau de pluie calculée par le modèle apparaît surestimée là où elle est confrontée aux quelques mesures effectuées à l'époque à proximité des centrales nucléaires. Mais la validité de ces mesures est contestée par certaines associations.
Les données du modèle 2003, fondé sur les précipitations plus un terme constant, sont incompatibles avec des mesures effectuées au moment de l'accident sur l'eau de pluie tombée entre le 1er et le 5 ou 6 mai, par le SCPRI ou le CEA. Par exemple, sur les sites des centrales nucléaires de l'est de l'est de la France on avait mesuré dans l'eau de pluie 780 Bq/m2 à Chooz, contre 4000-10.000 pour le modèle ; 190 Bq/m2 à Fessenheim contre 4000-10.000 pour le modèle ; 2000 Bq/m2 à Bugey, 1500 à Tricastin et 6100 à Cruas contre 10.000 à 20.000 pour le modèle. Les valeurs plus faibles obtenues dans le centre et dans l'ouest sont en revanche en assez bonne concordance
Ces cartes médiatisées, l'ancienne comme la nouvelle, sont à considérer avec une pincée de sel. Les controverses sur les modèles font partie du débat scientifique normal. Les scientifiques, qui recourent aux modélisations pour décrire des phénomènes complexes, en connaissent les limites. La confrontation à l'épreuve des faits est le juge ultime.
L'erreur est de demander aux modèles plus qu'ils ne peuvent fournir. L'art est difficile dans le cas d'un phénomène aussi complexe que les retombées de Tchernobyl, qui dépendent localement d'innombrables facteurs. Il n'est pas sûr que l'objectif de reconstituer une carte détaillée et précise des retombées soit atteignable.
Sujets voisins : Nuage de Tchernobyl, Iode de Tchernobyl, Césium de Tchernobyl, Contamination des sols
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Voir aussi :
Les conséquences en France de l’Accident de Tchernobyl, interview de A.Aurengo (pdf)
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