Scénarios d'accidents

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L'idée est tellement ancrée dans l'esprit du public que les réacteurs sont des bombes atomiques en puissance qu'il assimile généralement les accidents de réacteurs à des explosions nucléaires. A tort, car si les accidents les plus graves ont effectivement pour origine un emballement de la réaction en chaîne, les phénomènes qui entraînent la dissémination des matières radioactives sont des phénomènes plus ordinaires : incendies, explosions chimiques, etc ...

Bien que la distinction puisse paraître académique pour les victimes, il faut savoir qu'un accident de réacteur, même d'ultime gravité, ne peut conduire à une explosion nucléaire. L'architecture d'un réacteur, sa "géométrie", en particulier la distance entre les éléments combustibles a été conçue pour que le nombre de neutrons ne puisse s'emballer. Tout désordre grave qui survient dans le cœur : vaporisation de l'eau, fusion du combustible, est fortement antiréactif, c'est-à-dire qu'après une pointe de puissance brève, mais qui peut être très forte, la réaction en chaîne s'arrête d'elle même.

C'est ainsi que même à Tchernobyl, il n'y a pas eu d'explosion nucléaire mais une fragmentation des crayons de combustibles sous l'effet de la chaleur. Cette fragmentation a provoqué une explosion des pastilles d'oxydes d'uranium au contact de l'eau puis une seconde déflagration due à un dégagement d'hydrogène. Celle-ci a soulevé la dalle supérieure du réacteur. Ensuite le graphite qui servait de modérateur a pris feu.

A Three Mile Island, il y eut aussi fusion de cœur, mais la radioactivité resta confinée. C'est parce que l'on craignait une explosion en raison de la présence d'hydrogène que l'on a évacué la population.

Les systèmes de sûreté et les barrières de confinement des réacteurs qui fonctionnent aujourd'hui sont conçus pour que la radioactivité reste confinée même en cas de fusion du cœur, l'accident le plus grave qui se traduit par la perte du réacteur. En cas d'accident, des automatismes interviennent immédiatement selon des procédures prévues pour stabiliser le réacteur dans un état sûr. Ses automatismes, qui sont nécessaires du fait qu'il faut réagir dans un délai court, ont fait preuve de leur efficacité (à Tchernobyl ils avaient été désactivés pour une expérimentation).

Il a aussi des accidents attribués au nucléaire qui n'en sont pas. Ainsi en 2004, quatre techniciens ont été mortellement brûlés par un jet de vapeur dans une centrale japonaise. La société exploitante a été accusée de n'avoir pas contrôlé l'état de canalisations anciennes. Mais le jet de vapeur n'était pas radioactif et l'accident aurait pu se produire dans une autre industrie. Enfin, quand l'accident est vraiment d'origine nucléaire, il convient de le mettre en perspective. Celui de Tokaï-Mura survint par exemple en même temps qu'une explosion dans une mine de charbon d'Ukraine. La mort tragique des 80 mineurs ukrainiens passa inaperçue, alors que les circonstances de l'accident japonais et ses deux morts furent l'objet de nombreux articles.

Sujets voisins : Accidents de radioactivité, Mayak (accidents soviétiques, Three Mile Island, Windscale, TokaïMura, Incident de Tricastin (2008)


Voir aussi :

Sûreté des réacteurs