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Cancers de la thyroïde



Des enfants et adolescents dans les régions les plus touchées

Un lourd tribut à la maladie
Une jeune patiente – enfant lors de l’accident - est préparée pour une intervention sur la thyroïde dans une clinique de Minsk en Biélorussie. La chirurgie est habituellement complétée par une radiothérapie d'iode-131 à forte dose destinée à éviter que se produisent des métastases. Les patients doivent ensuite suivre un traitement pour remplacer les hormones thyroïdiennes et être médicalement suivis durant de nombreuses années. Convenablement traitée, la pathologie est rarement fatale.
©Photograph by Gerd Ludwig/NGM

La très forte augmentation des cancers de la thyroïde dans la région entourant la centrale de Tchernobyl est la conséquence sanitaire la plus claire de la catastrophe.

Une épidémie de cancers de la thyroïde a été rapportée dès 1991. Le dernier bilan de l’UNSCEAR dénombre en 2011 près de 7000 cancers dans les zones les plus exposées de Biélorussie, de Russie et d'Ukraine. Le profil de ces cancers est bien particulier. Ils ne touchent pas les adultes. L'épidémie touche principalement une population qui avait moins de 18 ans au moment de l'accident, en raison du rôle important joué par la thyroïde durant l'enfance et l'adolescence (*).

Les enfants et adolescents atteints ont reçu en moyenne une dose de 500 milligrays à la thyroïde, 5 fois la limite au dessous laquelle il n’y aurait pas d’effets. L’assimilation d’iode radioactif a été aggravée du fait qu’au voisinage de Tchernobyl, la population souffrait d’une carence iodée. Les évacuations ont été tardives et l’administration de pilules d’iodes qui aurait prévenu cette assimilation encore plus.

Evolution des cancers de la thyroïde dans l'ex-URSS
Les enfants et les adolescents, en période de croissance, sont beaucoup plus sensibles aux cancers de la thyroïde que les adultes. Ils ont été particulièrement touchés en Ukraine et Biélorussie. L'évolution du nombre de cancers thyroïdiens différenciés apparus chaque année chez les enfants et adolescents de moins de 15 ans au moment de l'accident, montre une augmentation très marquée à partir de 1990. L'augmentation devient manifeste 4 ans après l'accident en raison d'un temps de latence. La Russie, plus éloignée de Tchernobyl, est moins affectée que les deux pays voisins.
Source IRSN

La fréquence des cancers de la thyroïde est normalement très faible, entre 0,2 et 3 cas par million d'enfants par an en Europe. Cette fréquence a été multipliée par 100 parmi les enfants et adolescents en 1986 dans les territoires les plus contaminés. Toutefois, la plupart des cancers de la thyroïde ont un bon pronostic s'ils sont correctement traités (*). Sur les 6000 sas de cancers recensés par l'UNSCEAR en 2008 dans l'ancienne Union Soviétique, 15 avaient été fatals.

Il a fallu attendre 1991, pour observer l’augmentation des cancers de la thyroïde près de Tchernobyl, en raison d'une période de latence de cinq ans. Ces cancers dus à l'iode-131 ne concernent pas les enfants nés après 1987, l'iode-131 ayant physiquement disparu quelques mois après l'accident.

Evolution des cancers de la thyroïde en France
Le nombre de cancers dépistés chaque année en France depuis 1975 croit régulièrement, alors que les décès provoqués restent stables. Le cancer de la thyroïde touche davantage les femmes que les hommes. L'accroissement est attribué à un dépistage de plus en plus précoce. L'échographie notamment dépiste aujourd'hui des microcancers non évolutifs dont 9 sur 10 échappent à la palpation ou à la scintigraphie. L'évolution régulière au cours des années entourant 1986 contraste avec l'augmentation très importante observée en Ukraine et en Biélorussie. Elle suggère que l'accident de Tchernobyl aurait eu une influence faible sur les cancers de la Thyroïde en France.
Source IRSN

En France, du fait de la distance, la contamination à l'iode a été très inférieure à celle des régions proches du réacteur de Tchernobyl. L'accident n'a pas eu de conséquences visibles sur la courbe des cancers de la thyroïde. On note bien une augmentation du nombre de cancers détectés depuis 1975, mais cette augmentation continue est bien antérieure à l'accident. Elle est généralement attribuée au développement de techniques de dépistage comme les échographies : elle ne se traduit pas par une augmentation des décès.

Compte tenu du niveau des retombées d’iode radioactif en diverses régions de France, les doses à la thyroïde se situent très au dessous des valeurs trouvées en Ukraine et Belarus (pays les plus affectés) : au maximum 16 mGy selon les experts, nettement moins que la moyenne des 500 mGy mentionnée plus haut. La France demeure dans le domaine des faibles doses, On n’a pas observé de différences entre l’Est du pays, plus exposé, et l’Ouest qui l’a été peu.

Bien que le risque ne soit pas connu à ce faible niveau de dose sur la thyroïde, le nombre de cancers théoriquement induits au sein de la population a été calculé par l’IPSN en extrapolant les connaissances sur les effets à fortes doses : il se situe entre 0,5 et 22 cas sur la période 1991-2000. A titre de comparaison, le nombre spontané de cancers de la thyroïde dans la même population et sur la même période, est estimé à 97 avec une marge d'erreur de 20.

Ces incertitudes n’ont pas empêché des personnes souffrant d’un cancer de la thyroïde de porter plainte contre l’Etat français qui, selon elles, aurait dû prendre des mesures de précaution. Aucun expert ne pourra remonter à la cause de leur cancer et l’attribuer à Tchernobyl dans l’état actuel des connaissances. De ce fait, en raison de l'impossibilité scientifique à établir un tel lien, ces plaignants ont été débouté de leur plainte en septembre 2011. Les plaignants se retrouvèrent dans une voie sans issue.