EN | FR

Impacts psychologiques



Angoisses et fatalismes

Déracinements
En dépit des interdictions, environ 500 personnes, les 'samosjoly', sont revenus vivre à l’intérieur de la zone d’exclusion de 30 kilomètres autour du réacteur accidenté. Les autorités ont fermé les yeux. Souvent âgés, les 'samosjoly', ont préféré ne pas quitter les villages et les cadres de vie auxquels ils étaient attachés. Mais la grande majorité des 116 000 habitants de la zone , évacués en quelques heures, ont subi le traumatisme d’un déracinement imposé du jour au lendemain.
© Petr Pavlicek/IAEA

Maurice Tubiana, Président honoraire de l'Académie de Médecine et membre de l'Académie des Sciences, un des pionniers de l’usage des isotopes radioactifs en France considère comme une tragédie les dizaines de milliers d’avortements de femmes qui craignirent après l’accident de donner naissance à des enfants victimes de handicaps ou de malformations. Une crainte incontrôlable, amplifiée par la rumeur et la mauvaise information, qui s’est révélée heureusement infondée ainsi que le confirment les études depuis 20 ans.

Les avortements inutiles de Tchernobyl sont un exemple. Les experts du forum international sur Tchernobyl s’accordent à dire que « l’impact sur la santé mentale est le principal problème sanitaire déclenché par l’accident à ce jour » dans un rapport dont voici un extrait :

Zones et populations les plus affectées
Entre 6 et 7 millions de personnes vivent en Biélorussie, Ukraine et Fédération de Russie, sur les territoires les plus contaminés (dépôts de césium supérieurs à 37 kBq/m2.). Une minorité d’entre elles habitent dans des territoires de forte contamination aux environs de Tchernobyl et, en Biélorussie, de Moguilev. Des populations ont été déplacées, notamment celles vivant a moins de 30 km de la centrale évacuées après l’accident. A ces personnes concernées, s’ajoutent les 600 000 liquidateurs qui ont participé aux opérations de nettoyage en provenance de toutes les anciennes républiques de l’URSS
IN2P3 (Source IRSN/AIEA)

"La détresse générée par l’accident et ses suites a profondément modifié les comportements individuels et collectifs. Les populations des zones touchées exhibent des attitudes fortement négatives quant à leur santé et leur bien-être. Elles ont le sentiment aigu d’une absence de contrôle sur leurs propres vies. Une perception exagérée des dangers liés aux radiations est associée à ces perceptions. La croyance est très répandue parmi ces populations qu’elles sont condamnées de toute façon à une vie plus courte. Ce fatalisme amène une perte d’initiative pour les moyens d’existence et à dépendre d’une assistance de l’Etat. L’anxiété vis à vis des risques des radiations ne semble pas diminuer, mais au contraire se propager au delà des zones touchées pour atteindre une grande partie de la population. Des parents transfèrent leur angoisse à leurs enfants par leur exemple et en les protégeant de manière excessive.

Rebâtir de nouvelles existences
Les habitants des zones évacuées ont dû se construire à une nouvelle existence. La ville nouvelle et moderne de Slavutich, à 50 kilomètres de Tchernobyl, se veut une vitrine des efforts faits par l’Ukraine pour surmonter les conséquences de l’accident.
Petr Pavlicek/IAEA
Tout en attribuant beaucoup de leurs maux à Tchernobyl, de nombreux résidents des zones affectées négligent l’importance de leur comportement. Plus que les risques dus à la consommation de champignons et de baies provenant de forêts contaminées, il y a ceux de consommations excessives d’alcool et de tabac, domaines où les comportements individuels sont décisifs.

D’une manière générale, les principales causes de décès dans les régions affectées par Tchernobyl sont les mêmes que dans l’ensemble de l’ex-Union Soviétique: maladies cardiovasculaires, morts non naturelles (suicides, homicides, blessures, intoxications) plutôt que des maladies liées aux radiations. L’espérance de vie s’est dégradée d’une manière alarmante particulièrement pour les hommes, passant de 65 ans en 1987 à 61 ans en 1998.

La pauvreté, des régimes alimentaires malsains, ainsi que des modes de vie à risques comme l’abus de l’alcool, du tabac sont à l’origine des problèmes sanitaires pressants dans les zones touchées. Ces menaces sont rendues plus aigues dans les régions les plus affectées par l’impact de faibles revenus sur l’alimentation, la proportion élevée de familles socialement démunies et le manque de personnel médical entraîné.

En sus de craintes exagérées ou infondées, un sentiment de victimisation et de dépendance favorisé par les politiques de protection sociales du gouvernement s’est répandu dans les régions affectées. Le vaste système de compensations liées à Tchernobyl a généré une attente de soutiens financiers à long terme et miné la capacité des individus et des communautés à faire face à leurs difficultés économiques et sociales.