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Histoires de centrifugeuses



Electricité ou bombe ? l’ambiguïté de l’enrichissement de l'uranium

Iran : usine de Natanz
L’installation pilote et l'usine d’enrichissement d’uranium de NATANZ dans un site désertique au sud de Téhéran sont au coeur de la crise. Après que l’AIEA eut décidé en février 2006 de transférer le dossier nucléaire iranien au Conseil de Sécurité de l’ONU, l’Iran annonça qu’il arrêtait la suspension volontaire de son programme décidée en 2004 et ne permettrait plus les inspections surprises de ses sites nucléaires. En avril 2006, les ingénieurs iraniens réussirent à connecter entre elles 164 centrifugeuses, commençant à fabriquer de petites quantités d'uranium peu enrichi.
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La nature militaire ou civile du programme nucléaire iranien est à l’origine de la grave crise qui oppose l’Iran à la communauté internationale et surtout aux Etats-Unis et aux nations occidentales.

Cette crainte s’est focalisée autour de l’enrichissement de l’uranium après qu’il soit apparu en 2002, à la suite de la dénonciation d’opposants au régime, que l’Iran avait dissimulé durant 18 ans des activités dans ce domaine. Normalement, l’enrichissement pour des usages civils est un droit autorisé par le traité de non prolifération dont l’Iran est signataire – à condition qu’il soit contrôlé par l’AIEA. En dehors des nations du club atomique détentrices de l’arme nucléaire, cet enrichissement est pratiqué ou a été pratiqué par des pays comme l’Argentine, l’Afrique du Sud, le Brésil, le Japon.

Pourquoi l’Iran avait-t-il dissimulé cette activité, achetant notamment des centrifugeuses au réseau du pakistanais Quader Khan? La question reste ouverte. Cette dissimulation pourrait être une conséquence de l’embargo dont l’Iran est l’objet depuis 1979 de la part des Etats-Unis et qui l’encourage à recourir à des voies détournées pour acquérir la technologie moderne. A l'été 2007 en signe de bonne volonté, l'Iran s'est engagé à fournir à l'AIEA des éclaircissements sur les zones d'ombre de son activité passée.

Revendication du droit à l’énergie atomique
La revendication du droit à l’énergie atomique civile fait l’objet en Iran d’un consensus. Les autorités présentent l’utilisation pacifique de l’atome avec des fleurs et des colombes .L ’homme de la rue y voit une source de fierté, une entrée dans la modernité. Mais les déclarations provocatrices du président iranien Mahmoud Ahmadinejad ont nui hors des frontières à cette image. Longtemps contesté, le droit a finalement été reconnu par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité qui ont offert leur soutien au développement par l'Iran d'un programme nucléaire civil s’il abandonnait l’enrichissement de l’uranium.
AFP/IRNA
Usine pilote et usine industrielle
L'Iran a d’abord fait tourner en 2006 deux cascades de 164 centrifugeuses dans l’usine pilote de Natanz. La véritable installation, l'usine industrielle, occupe deux immenses halls souterrains, protégés d'éventuelles attaques aériennes par une épaisse couche de béton et de terre. En 2007, Téhéran y a installé et fait fonctionner un premier "module" de 18 cascades (3000 centrifugeuses) reliées entre elles. A terme, l'Iran visait une capacité industrielle d'environ 50.000 centrifugeuses dont il assurait qu'elles seraient utilisées uniquement pour produire de l'uranium faiblement enrichi.
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Après la découverte de son activité clandestine, l’Iran a revendiqué son droit à l’enrichissement à des fins civiles dans le cadre du traité de non-prolifération. Il a soumis dans un premier temps ses activités à un régime renforcé d’inspections de l’AIEA prévu par un protocole additionnel du traité bien qu’il ait pas signé ce protocole.



On peut s’interroger sur l’obstination de l’Iran à vouloir maîtriser l’enrichissement de l’uranium. La réponse couramment admise est que la république islamique recherche la bombe sous couvert de nucléaire civil. L’hypothèse, facile à vendre à des opinions promptes à croire qu’une république issue d’une révolution islamique est nécessairement terroriste, est présentée comme une évidence. Rares sont ceux qui, en occident, s’interrogent sur son bien fondé.

Du côté Iranien, les dirigeants répètent que le programme est uniquement pacifique. Cette affirmation a rendu l’atome populaire auprès d’un peuple sorti d’une guerre qu’il n’a pas voulu. L’iranien de la rue, qui a souffert d'humiliations, y voit une source de fierté, une entrée dans la modernité. Il souhaite être respecté. Etant données l'hostilité et les menaces dont le pays est l'objet notamment de la part des puissances anglo-saxonnes, la crainte de ses dirigeants de se retrouver pieds et poings liés pour l’approvisionnement de leurs réacteurs est compréhensible. Elle pourrait expliquer l'obstination des iraniens (*) à vouloir maîtriser l’enrichissement de l’uranium.

Civil ou pas civil ? Qu’en est-il ? Bien que maintenant réduites du fait des sanctions, les inspections de l’AIEA qui se comtent par milliers n’ont pas mis en évidence à ce jour l’existence d’un programme militaire . Les installations civiles déclarées peuvent toutefois cacher d’autres installations secrètes. Du fait que l’ultracentrifugation est 20 fois moins gourmande en électricité que la diffusion gazeuse, de telles installations pourraient être dissimulées. Sans recours au renseignement, il n’existe pas de moyen de trancher entre suspicion et certitude.

Appelant les dirigeants iraniens à plus de transparence, le président russe Vladimir Poutine a rappelé le 16 octobre 2007 lors d'une visite historique à Téhéran l'absence de preuves. Il faut donc être vigilant mais prudent comme l'est aussi l'AIEA (*). Une condamnation qui ne s’appuierait pas sur des preuves solides aurait des effets désastreux dans les pays émergents encore marqués par les souvenirs de la colonisation.

Malgré les défauts du régime, l’Iran est une des rares républiques du Moyen-Orient, avec des partis, des élections qui ne sont pas courues d'avance et des alternances. L’opposition recrute dans les classes les éduquées dont font partie les ingénieurs et les scientifiques. Un programme de grande ampleur aurait dû être normalement dénoncé, ce qui n'est pas le cas à ce jour.