EN | FR

Nagasaki

Au Japon a été récemment publié, un petit livre (*) intitulé « Atomic bomb, rescue and relief report », écrit sur le vif par un radiologue de l'Université de médecine de Nagasaki qui avait participé aux premiers secours 9 août 1945, le docteur Takashi Nagai.

Ce témoignage poignant, retrouvé des années plus tard, est un document de première main, rédigé à chaud, sans les commentaires a posteriori que permet le recul du temps. Sans doute inédit en Europe, il montre le peu que l'on savait des radiations en 1945, l'abnégation des équipes de secours, leurs moyens dérisoires.

Ruines de l'université de médecine
Construits en dur, les bâtiments de l'université médicale de Nagasaki résistèrent un peu mieux que les maisons environnantes. C'est là que travaillait Takashi Nagai au moment de l'explosion et que son équipe du onzième corps médical porta les premiers secours, avant d'aller établir le 12 août à Urakami une station de secours dans la vallée de Mitsuyama.
NASHIM (Nagasaki Association for Hibakushas Medical Care)

Nagasaki fut bombardé le 9 août 1945, trois jours après Hiroshima. Durant ces trois jours, la population resta dans l'ignorance de ce qui s'était passé au point que les équipes chargées de la protection civile furent totalement prises au dépourvu :« Il fut annoncé qu'un nouveau type de bombe avait été largué sur Hiroshima le 6 août et avait causé des dégâts substantiels. Comme l'annonce ne fournissait aucun détail, les gens n'étaient pas préparés à la bombe atomique. En conséquence, quand Nagasaki fut attaqué avec la même bombe le 9 août, l'armée, le gouvernement, la population n'étaient pas sur leurs gardes. Alors que j'aurais été intéressé par le sujet de la bombe atomique, j'ignorais son existence jusqu'à ce que je vis les tracts de la propagande ennemie répandus durant la nuit ».

On savait en 1945 peu de choses de l'effet des fortes doses de radiations. Même un radiologue comme le docteur Takashi Nagai confesse son ignorance, parlant de pseudo-brûlures à propos de ce qu'il a observé sur les victimes : "La peau exposée à moins de 3 kilomètres de l'impact montrait une blessure d'un type spécial. En général, nous l'avons appelée brûlure parce que la peau avait reçu un fort rayonnement de chaleur …. Mais nous pensons que quelque chose d'autre s'est ajouté à la blessure. La condition de la peau observée chez de nombreux patients secourus immédiatement après la bombe me fit penser que leur blessure était différente d'une brûlure thermique… Cette hypothèse est totalement neuve. Je désire la soumettre à la critique de mes pairs. De toutes façons, nous avons reconnu que ce type de blessure de la peau était davantage qu'une simple brûlure thermique. Je ne l'appellerai pas simplement brûlure, mais pseudo-brûlure."

Ruines de la cathédrale d'Urakami
Les vicissitudes de l'Histoire ont fait que Nagasaki ait abrité la communauté chrétienne la plus ancienne du Japon, communauté qui avait réussi à survivre dans la clandestinité durant le temps des shoguns. Ceci explique la présence insolite d'une cathédrale dans le champ de ruines du quartier d'Urakami.
NASHIM (Nagasaki Association for Hibakushas Medical Care)
La bombe au plutonium de Nagasaki était plus puissante que celle de Hiroshima mais le relief accidenté la rendit un peu moins dévastatrice. Alors que la ville comptait avant la bombe environ 210 000 personnes, on recensait en octobre 1951 un total de 131 050 survivants. La décision de larguer la bombe a été justifiée par le désir d'économiser les vies de soldats américains en cas d'invasion du Japon.

Le pays était à genoux. Les raids incendiaires des bombardiers B29 du Général Curtis Lemay sur les maisons en bois de Tokyo y avaient causé 300 000 morts. Une simple démonstration terrifiante de l'arme nouvelle n'aurait-elle pas suffi pour établir la suprématie des Etats-Unis et obtenir une capitulation ? L'hypothèse fut envisagée mais l'interrogation demeure.

En savoir plus : la bombe, premiers secours , le docteur Nagai.