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Sureté post-Fukushima



Prendre en compte les agressions extérieures

Une concomitance de multiples pannes
L’accident de Fukushima a montré l’importance de se prémunir contre des facteurs qui n’ont rien de nucléaire, en l’occurrence les agressions de la nature. Le tremblement de terre a coupé le réseau électrique, provoqué un black-out. L’inondation de la centrale - représentée ici - a noyé les systèmes de secours. La concomitance de ces évènements n’avait pas été assez envisagée.
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L’accident a montré que les risques liés au refroidissement après un arrêt d’urgence sont devenus plus importants et ont causé plus de pertes de réacteurs ( 1 à TMI plus 3 à Fukushima) que ceux résultant de la fission nucléaire avec un réacteur en marche ( 1 à Tchernobyl). Ce score reflète le fait que l’on a prêté beaucoup d’attention à la sûreté des réacteurs en marche, et moins aux circonstances extérieures affectant le réacteur à l’arrêt.

Les 58 réacteurs du parc français - tous du type à eau pressurisée (REP) - ont profité du retour d’expérience de l’accident de Three Mile Island en 1979. Ce retour d’expérience a été à l’origine d’une culture de la sûreté et de tout un train de mesures dites TMI dont l’absence d’accidents majeurs des réacteurs REP depuis 30 ans est le résultat. La sûreté des réacteurs RBMK encore en service a également profité des enseignements de Tchernobyl.

Les autorités de sûreté ont commencé à tirer les leçons de l’accident japonais. Confiner les matières radioactives derrière de multiples barrières ne suffit pas. Il faut se prémunir contre des agressions externes inattendues comme les cataclysmes de la nature avec des dispositifs de secours robustes.

Une concomitance de multiples pannes
Les premiers diagnostics de l’ASN trois mois après l’accident incitent à une réflexion sur la gestion des situations accidentelles. Il faut prévoir des situations extrêmes où des pertes majeures (électricité, eau ; pilotage) peuvent se produire simultanément du fait de la conjugaison d’évènements extérieurs à une installation nucléaire comme un cataclysme naturel.
ASN/Source Michel Bourguignon

L'autorité de Sûreté doit être Autorité. L’exploitant japonais pour des raisons d’économie avait sous-estimé les risques liés aux tsunamis, et l’autorité de sûreté japonaise, dépendante du puissant ministère de l’Industrie n’avait pas les moyens d‘imposer les mesures appropriées

Une campagne de vérification de la sûreté des installations en fonctionnement a été entreprise à l’échelle européenne, les Stress-tests. En France, l’Autorité de Sûreté Nucléaire a publié en janvier 2010 un rapport très attendu, passant au crible les 79 sites nucléaires en France. Le rapport conclut qu’aucune de ces installations nécessite d’être arrêtée mais que la poursuite de l’exploitation des centrales nécessite d’augmenter leur robustesse face aux situations extrêmes.

Voici quelques préconisations de ce rapport :
- Sanctuariser les fonctions fondamentales pour la sûreté sous forme de « noyaux durs ». Par exemple, "bunkeriser" un centre de gestion de crise ou encore la mise en place d’un groupe « électrogène diesel d’ultime secours ». et celle d’une alimentation en eau d’ultime secours. Source d’alimentation en eau plus robustes et renforcement de protection contre les inondations : Blayais, Cruas, Gravelines, Saint-Alban, Tricastin.
- Instituer une "Force d’action rapide nucléaire". Proposé par EDF, ce dispositif, comprenant des moyens matériels et humains, devrait pouvoir intervenir en moins de 24h sur tout site accidenté. Plusieurs centaines de personnes y seront nécessaires
- Imposer des mesures pour réduire le risque de dénoyage des combustibles usés entreposés dans les piscines.
- Renforcement des radiers. Etudier la faisabilité de dispositifs supplémentaires permettant de protéger ven cas d’accident grave les nappes phréatiques au voisinage des centrales ou de la Hague.

La mise en œuvre de certaines préconisations serait coûteuse. La presse a fait état de milliards d’euros. Un groupe électrogène diesel d’ultime secours coûterait entre 30 et 50 millions d’euros ; ceci paraît beaucoup, le prix d’un beau château !. Certaines mesures ne seraient effective qu’en 2018. Faut-il payer si cher pour s’approcher du risque zéro ? La France n’est pas le Japon. Si une grosse météorite peut en théorie tomber au large de Flamanville, une inondation qui toucherait un site comme celui du Blayais ou du Tricastin n’aurait pas l’ampleur d’un tsunami. D’un autre côté comme le dit, André Lacoste, le président de l’Autorité de Sûreté : " Malgré les précautions prises, un accident nucléaire ne peut jamais être exclu. C’est ce qui fonde notre action ".