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Conséquences sanitaires



Tchernobyl : Un bilan encore impossible à chiffrer

L’iode-131 et les cancers de la thyroïde chez les enfants
Enfants ukrainiens originaires des régions les plus contaminées proches de Tchernobyl envoyés en 1986 pour des traitements médicaux. Les cancers de la thyroïde dus aux radiations des isotopes radioactifs de l’iode, ont affecté principalement les enfants et les adolescents qui y sont les plus sensibles. De nombreux pays européens dont la France ont accueilli certains de ces enfants. Les décès ont été peu nombreux, près de 99 % de ces cancers ayant été guéris. il est trop tôt pour se prononcer sur d’éventuelles séquelles.
. The Ukrainian Society for Friendship and Cultural Relations with Foreign Countries

Initialement, les autorités soviétiques refusèrent d'admettre qu’un événement hors de l’ordinaire était survenu. L'évacuation de la population locale ne commença que 36 heures après l'explosion alors que du matériel de décontamination était amené sur place. Durant ces premières heures, ces populations ne furent pas protégées.

Il est difficile de dresser un bilan approché des conséquences sanitaires de l'accident de Tchernobyl. En dehors des effets directs et immédiats sur les personnes présentes sur le site au moment de la catastrophe, les pathologies sont principalement des cancers qui surviennent des années après l'exposition. Ces cancers ne sont pas spécifiques d'une exposition à des substances radioactives. Pour évaluer leur nombre, il faut déceler un excès de cancers dans les populations exposées par rapport aux populations non exposées : une tâche délicate qui demande un suivi sur des dizaines d’années et un système de santé performant.

Cancers de la thyroïde en Ukraine et Biélorussie
L’épidémie de cancers de la thyroïde qui s’est développée après 1991 chez les enfants et les adolescents d’alors en Ukraine et Biélorussie est clairement imputable à l’accident. Il aurait été possible d'en diminuer le nombre en distribuant à temps aux personnes les plus sensibles des pastilles d'iode.
© The Chernobyl legacy (AIEA-2006)

Les principales victimes sont les 6 et 7 millions de personnes qui vivaient près de Tchernobyl en Ukraine, Russie et Biélorussie. Parmi cette population, une épidémie de cancers de la thyroïde est clairement imputable à l’accident (*). Un bilan de 2005 fait état de 4000 cas chez les enfants et les adolescents qui avaient moins de 18 ans en 1986. Comme cette maladie est rare à cet âge, les cas relevés dans la région de Tchernobyl sont indiscutablement dus à la catastrophe.

Les décès par cancer de Tchernobyl sont souvent déduits de ceux observés à Hiroshima et Nagasaki par une règle de trois : tant de sieverts donnent tant de morts, etc.... Ces évaluations sont à accueillir avec prudence. L'application mécanique d'une règle de trois masque de grandes incertitudes. Les circonstances ne sont pas comparables.

Décès précoces à Tchernobyl
Les personnels de la centrale présents au moment de l'accident de Tchernobyl et les équipes d'urgence qui sont intervenues au péril de leur vie dans les premiers instants ont été les plus exposées. Au total, 163 personnes ont subi de très fortes irradiations, voisines ou supérieures à un Sievert. Sur ces 163 personnes, 28 sont mortes des suites de cette exposition dans les jours et les semaines qui suivirent. Parmi les survivants, 11 décès supplémentaires ont été depuis observés sur la période 1988-1998, dont 8 pour des maladies n'ayant pas de lien avec les rayonnements ionisants.
Source IRSN

A Hiroshima et Nagasaki, en dehors de l'effet de souffle et des brûlures, c’est le rayonnement intense de neutrons et gamma "prompts" après l'explosion de la bombe qui a provoqué les décès(*). A Tchernobyl, les rayonnements ont été émis avec des débits de dose beaucoup plus faibles. Toute comparaison entre les deux catastrophes devrait tenir compte de la disparité des causes, mais c'est difficile.

D’après le rapport d’experts publié en 2006 par l’AIEA, 9300 cancers mortels imputables à l'accident de Tchernobyl pourraient survenir, leur vie durant, chez les habitants de l'ex-URSS et les liquidateurs (NB: Ce chiffre aurait été ramené à 4000 en 2011). Il sera difficile de déterminer le nombre réel de décès résultant de ces cancers qui ne se distinguent pas de ceux bien plus nombreux provoqués par les autres facteurs de risque. Selon les catégories, ces décès supplémentaires représenteraient de 0,6 à 5 % des décès par cancers normalement attendus.

En dehors des cancers de la thyroïde, des augmentations de morbidité et de mortalité dues à des problèmes circulatoires ont été récemment rapportées parmi les liquidateurs ayant participé aux interventions d’urgence et aux nettoyages. Ces incidences de problèmes circulatoires doivent être interprétées avec prudence, car elles peuvent être confondues avec d’autres causes que les radiations comme le stress ou des modes de vie dangereux conséquences du traumatisme de ces interventions.

Aucune augmentation des leucémies - pourtant attendue des experts - n'a été observée à ce jour parmi la population des pays les plus touchés et chez les « liquidateurs ». De même, il n'y a pas eu d'augmentation claire de malformations congénitales dans les territoires les plus contaminés.

La non-observation de cancers, dont beaucoup ne se sont pas encore déclarés, ne signifie pas une absence d'effets. Une augmentation faible peut ne pas être décelée avec les moyens existants. Par contre, les conséquences psychologiques de la catastrophe sont très claires : l'accident, l’angoisse de vivre, ou d’avoir vécu, dans un environnement contaminé ont gravement affecté l’existence et le comportement des populations.

SUITE : Effets tératogènes
SUITE : Morts de Tchernobyl ? Querelles de chiffres
SUITE : Incertitudes (doses et effets)
SUITE : Extraits rapport de l'UNSCEAR 2008,