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Windscale

L’incendie survenu le 10 octobre 1957 sur le site de Windscale en bordure de la mer d’Irlande en Angleterre est un accident du nucléaire militaire britannique encore à ses débuts. Il s’est produit sur l’un des réacteurs (on parlait alors de piles atomiques) qui alimentait en plutonium l’arsenal des bombes atomiques du Royaume Uni.

Des piles atomiques pour produire du plutonium
La haute cheminée des piles de Windscale dans la campagne anglaise de Cumbria. La technologie de l’après guerre voulait que la voie la plus rapide pour produire le plutonium d’une bombe atomique consistait à construire un réacteur utilisant l’uranium naturel comme combustible, modéré avec du graphite et refroidi à l’air. C’est ainsi que fut lancée en 1946, à l’ancienne usine de munitions de Sellafied, la construction des deux réacteurs dits de Windscale. Dans un temps remarquablement court par rapport à aujourd’hui, le premier fut mis en service en octobre 1950, le second huit mois plus tard.
BNFL

Pour demeurer une grande puissance, l’Angleterre avait décidé de se lancer en 1945 dans un programme d’armement pour produire des bombes atomiques au plutonium. Jusqu’ici, la Grande-Bretagne avait collaboré avec les américains, mais ceux-ci venaient d’interdire le partage avec un autre pays de toute information concernant les armes. Un programme avait donc été démarré de toute urgence en 1946 pour produire du plutonium dans des piles atomiques. C’est ainsi que furent rapidement construits les deux réacteurs de Windscale et que l’Angleterre put disposer en mars 1952 du plutonium pour sa première bombe.

Les piles utilisant de l’uranium naturel, étaient modérées avec du graphite et refroidies à l’air. Ces deux derniers facteurs furent à l’origine de l’incendie de 1957 sur la pile N°1 qui occasionna un rejet de radioactivité en dehors du site. L’accident de Windscale est classé au niveau 5 dans l’échelle de gravité des accidents nucléaires, au même niveau que l’accident de Three Mile Island, Tchernobyl se situant au niveau 7.

L’accident est dû à la mauvaise connaissance que l’on avait alors du comportement du graphite irradié à relativement basse température. Dés le démarrage des piles, on observa des dégagements d’énergie spontanés. Pour prévenir des montées en température dangereuses car non contrôlées du cœur de la pile, il fallait procéder périodiquement à des ‘recuits’, des procédures efficaces mais encore mal maîtrisées. Le seizième, qui eut lieu sur la pile N°1 le 10 octobre 1957, se déroula d’une manière désastreuse. Un dégagement d’énergie trop rapide déclencha le feu redouté. Des produits de fission furent relâchés dans l’atmosphère. Grâce aux efforts héroïques des opérateurs, le feu fut maîtrisé et un désastre évité de justesse.

Restrictions de la consommation du lait
Un journal anglais titre : « des barres d’uranium surchauffée dans la pile. Contrôle de radioactivité et interdiction d’approvisionnement en lait ». Il fallut limiter la consommation du lait produit localement. Une interdiction sur le lait fut donc imposée le 12 octobre, pendant une courte période. La principale inquiétude était la présence dans le lait d’iode 131, un isotope radioactif de 8 jours. Les cœurs des deux piles furent déchargés après l’incendie, à l’exception de 15 tonnes de combustible dans la partie endommagée. La récupération de ces 15 tonnes a été entreprise en 1999 par l’UKEA (CEA britannique) dans le cadre du démantèlement de Windscale.
©BNFL/UKEA

Quand on s’aperçut que de la radioactivité, et en particulier de l’iode-131, avait été relâchée dans l’atmosphère, des mesures furent prises pour interdire le lait dans une région de 200 miles carrés autour de Windscale. Ces mesures, les premières du genre, eurent l’effet de réduire les conséquences sanitaires de l’accident.

Bien qu’il existe encore des polémiques sur la quantité de radioactivité relâchée et les effets de ces rejets, les estimations les plus pessimistes conduisent à des nombres de décès imputables aux radiations impossibles à déceler par rapport aux autres causes.

Un tel incendie vieux maintenant d’un demi-siècle ne peut se reproduire de nos jours, même avec les réacteurs anglais du type MAGNOX ou AGR qui utilisent encore le graphite comme modérateur. En effet, l’air le refroidissement à l'air des piles de Windscale qui alimenta la combustion du graphite a été remplacé par un refroidissement ao gaz carbonique qui étouffe la combustion. De plus, les réacteurs modérés au graphite fonctionnent à des températures élevées qui éliminent les dégagements intempestifs de chaleur. Enfin, contrairement à aujourd’hui, il n’y avait pas d’enceinte de confinement à Windscale, l’air de refroidissement étant simplement rejeté dans l’atmosphère.

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