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Atoms for peace



1953 : l'initiative d'Eisenhower pour un usage pacifique de l'atome

Après la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis et l'Union Soviétique étaient engagés dans une course à la bombe.

1953 : Atoms for peace
Le 6 décembre 1953, au retour d'une conférence aux Bermudes avec Winston Churchill et Joseph Laniel, le président du conseil français oublié de l'époque, le président américain Dwight Eisenhower s'adressa à l'assemblée générale de l'ONU pour lui proposer d'utiliser l'atome pour la paix. L'initiative « Atom for Peace » d'Eisenhower est à l'origine, en pleine guerre froide, du développement de l'énergie nucléaire à des fins civiles.
DR/United Nations

C'est en pleine guerre froide, que le président américain Eisenhower proposa le 6 décembre 1953, d'utiliser le savoir faire acquis pour les armes atomiques à des applications non militaires. La courageuse initiative « Atom for Peace » d'Eisenhower est à l'origine du développement de l'énergie nucléaire à des fins civiles.

La guerre avait transformé le commandant en chef du débarquement en un pacifiste. L'expérience des 11 mois de campagne qui suivirent le 6 juin 1944 l'avait profondément affecté, changeant certaines de ses convictions et en confirmant d'autres. Il avait vu de près comment la guerre détruisait des villes, tuait des victimes innocentes civiles comme militaires, balayait les économies des nations et déchirait le fondement des civilisations. Ce spectre le hanta toujours. Devenu président, il maintint le budget militaire des Etats-Unis à un minimum, exprimant avec éloquence ses convictions lors de son discours d'inauguration.Malgré son importance, l'initiative "atomes pour la paix" est méconnue en Europe. Son cinquantenaire a été célébré à la Nouvelle-Orléans, en novembre 2003, à l'occasion d'une conférence qui réunit tous les deux ans les principaux acteurs de l'industrie nucléaire. L'atome apporterait-il la prospérité après la paix ? Tel était un des thèmes de la séance inaugurale.

Couverture du rapport
La citation du docteur Takashi Nagai concluait un compte-rendu rédigé, sur un modeste cahier, des opérations de secours auxquelles il avait participé et dont le titre était « Atomic bomb, rescue and relief report ». Ce rapport, destiné au président de l'Université médicale de Nagasaki qui mourut avant de pouvoir le lire, fut égaré pendant 25 ans. On voit à gauche la page de couverture et à droite les reproductions de la première page et de la liste de l'équipe de secours de Mutsyiama que le docteur Nagai dirigeait (extrême droite).
NASHIM (Nagasaki Association for Hibakushas Medical Care)
Lors de cette séance, le Pr. Yoichi Fujyii-e, président de la puissante Japan Atomic Energy Commission fit une intervention inhabituelle devant le parterre de jeunes ingénieurs et d'industriels qui constituait l'assistance. Mêlant le passé à l'avenir, il conclut son discours par une citation tirée d'un émouvant rapport rédigé en 1945 par un médecin de Nagasaki .

"Tout était fini. Notre patrie était défaite. Notre université était effondrée et les salles de cours réduites en cendres. L'un après l'autre nous étions blessés et tombions. Les maisons où nous vivions étaient incendiées et les vêtements que nous portions en lambeaux. Qu'avons-nous à dire ? Nous désirions seulement que jamais cette tragédie ne se répète jamais.

Nous devons utiliser le principe de la bombe atomique. Aller en avant dans la recherche de l'énergie atomique pour qu'elle contribue au progrès de la civilisation. Une mauvaise fortune se sera alors transformée en bonne fortune. Le monde changera avec l'utilisation de l'énergie atomique. Si un monde nouveau et fortuné peut être construit, les âmes de tant de victimes reposeront en paix"

Ces lignes d'une grande sobriété, écrites sur le vif, sont dues au docteur Takashi Nagai, un radiologue de l'université de Nagasaki qui avait participé aux opérations de secours. Elles préfigurent ce que fut la réaction de la nation japonaise. Au lendemain de ce qui fut un des plus grands massacres de population civile de l'Histoire, on aurait pu y trouver désespoir, ressentiment ou désir de vengeance. Au contraire ces lignes témoignent d'un extraordinaire esprit de rebond.

Faire d'une mauvaise fortune une bonne fortune, aller de l'avant sont des qualités japonaises. Nul autre pays ne s'est autant impliqué dans le programme « atoms for peace ». Le monde a changé depuis. La menace nucléaire s'est estompée mais demeure. Combattre la pauvreté, éviter le réchauffement de la planète, assurer un développement durable, éradiquer ce qui reste de la menace sont les objectifs affichés qu'un atome bien maîtrisé peut contribuer à atteindre s'il continue d'être pacifique.