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Les liquidateurs



Pompiers et liquidateurs : un lourd tribut

Après l’extinction de l’incendie et les premières opérations de nettoyage, la tâche la plus urgente devint celle du confinement des ruines radioactives. On entreprit la construction de ce qui deviendra le sarcophage de Tchernobyl. Autour de la zone, les niveaux de radioactivité interdisaient la présence prolongée d’individus : quelques minutes au maximum. La seule solution était le recours à un grand nombre d’intervenants !

Largages par hélicoptère
Le personnel de l'usine, les pompiers et des militaires luttèrent pour mettre le réacteur sous contrôle. Des hélicoptères furent utilisés pour déverser des tonnes de sable et de matériaux divers sur les ruines du réacteur, afin de réduire la dispersion des produits radioactifs et réduire l’exposition directe aux rayonnements émis. Les pilotes d’hélicoptères firent partie des premiers liquidateurs. Mal protégés, ils reçurent des doses importantes de rayonnements, plusieurs d’entre eux payeront de leur vie leur intervention.
BBC News 1986

Des tonnes de matériaux furent d'abord déversées par hélicoptère, après quoi commenca le nettoyage, puis la construction du sarcophage. Ils furent des centaines de milliers à participer à ces opérations, pour lesquelles six mois seront nécessaires. Ils seront appelés les liquidateurs. On fit appel à des appelés sans beaucoup les informer des risques auxquels ils avaient à faire face. Pour certaines interventions dans les premiers temps, les mesures de protection se limitèrent à un simple mouchoir sur le nez et la bouche.

On estime que 350 000 personnes dont des soldats, le personnel de la centrale, des policiers locaux et des pompiers, participèrent en 1986 et 87 aux interventions d’urgence et aux opérations de confinement et de nettoyage. Parmi eux, 240 000 prirent part à des opérations majeures visant à atténuer les conséquences de l’accident auprès du réacteur et dans la zone d’exclusion.

Premier nettoyage sur le site
Ces images sont extraites du film pris lors de la première intervention sur la centrale. Elles disent mieux que des mots, l’héroïsme des équipes de liquidateurs qui furent les premiers à intervenir, l’urgence, les moyens dérisoires face à l’ampleur de la catastrophe, l’absence poignante de radioprotection,
CNRS/Images-Media

Plus tard, le nombre de personnes enregistrèes comme liquidateurs monta à 600 000. Les expositions ont été très inégales. Une partie d'entre eux furent exposés à des nivaux élevés de radiations, en particulier au sein des premières équipes qui intervinrent sur le site.

Le suivi médical des liquidateurs est difficile car ils étaient de nationalités différentes (russes, ukrainiens, estoniens …) et ils sont maintenant éparpillés dans les républiques issues de l'ancienne Union soviétique. La dose moyenne due à l'irradiation externe pour les liquidateurs russes, calculée à partir des données officielles, est de 108 mSv, 4,2 % des liquidateurs ayant reçu plus de 250 mSv.

Les calculs sur le nombre de victimes sont incertains. En appliquant la règle de "la relation linéaire sans seuil" préconisée par la CIPR (Commission Internationale de Protection Radiologique) , 3000 des 600 000 liquidateurs de Tchernobyl pourraient mourir un jour des suites de leur exposition. Cette estimation suppose que la proportion entre le nombre de décès et la dose est la même que celle qui fut observée parmi les victimes de Hiroshima et Nagasaki. Au niveau individuel, il ne sera pas possible de distinguer un tel cancer d'un cancer du à d'autres causes. Par ailleurs, un excès de suicides est signalé. La détresse des liquidateurs est aussi l'une des conséquences de la catastrophe.

Cette détresse est accrue par des estimations pas toujours fondées sur la réalité. A l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de l'accident, des chaines de télévisions ont fait état de 400 000 décès parmi les 600 000 liquidateurs. Pour faire bonne mesure, les mêmes sources réévaluèrent à un million le total des décès dus à l'accident, 250 fois les 4000 évalués en 2011 par l'AIEA et la CIPR, des organismes reconnus pour leur compétence et leut honnêteté scientifiques.

Inflation de chiffres n'est pas vérité. En l'absence de moyens pour dénombrer physiquement les victimes, les passions et les idéologies prennent hélas le pas sur la raison. Il y a une certaine irresponsabilité dans l'exploitation des peurs. Faut-il par exemple plonger dans l'angoisse un liquidateur de Tchernobyl en lui affirmant que les deux tiers de ses camarades sont déjà morts, alors qu'une telle évaluation n'est pas prouvée ?

Séquences vidéos de 1986 : Première intervention, La centrale et Prypiat

"Liquidators Endured Chernobyl 25 Years Ago" : Diaporama National Geographic Magazine